📘 Stades évolutifs du diabète de type 1

Académie du Diabète: Ressources et Solutions

Prof. Assoc. Dr. Sorin Ioacara Médecin spécialiste en diabétologie Mis à jour : 7 mai 2026

Le diabète de type 1 traverse deux stades précliniques, asymptomatiques, mais avec des autoanticorps pancréatiques présents, suivis du diabète cliniquement manifeste (stade 3).

Pancréas en trois phases, éprouvettes et éléments médicaux sur fond noir, suggérant la transition progressive entre les stades du DT1
Pancréas en différentes phases, éprouvettes, flacons et éléments de laboratoire symbolisant le dépistage, l'auto-immunité et la transition progressive entre les stades du diabète de type 1

📊 Quels sont les stades évolutifs du DT1 ?

Le diabète sucré de type 1 n'apparaît pas brutalement, mais traverse plusieurs stades avant que les symptômes ne deviennent visibles. Le stade de personne à risque précède de longtemps l'apparition des signes cliniques et se caractérise par une prédisposition génétique, l'exposition à certains facteurs environnementaux et éventuellement la présence d'un seul autoanticorps pancréatique. Le stade 1 est défini par la présence de deux autoanticorps pancréatiques ou plus, mais la glycémie reste normale et il n'y a pas de symptômes. Le stade 2 implique la même présence de deux autoanticorps ou plus, mais est associé à des valeurs de glycémie élevées au-dessus de la normale, dans la zone du prédiabète, et les symptômes sont absents [1].

Le stade 3 correspond au moment du diagnostic classique du DT1, lorsque l'hyperglycémie est manifeste et que les symptômes typiques apparaissent : soif intense, mictions fréquentes et perte de poids involontaire. À ce stade, l'hyperglycémie marquée impose l'instauration obligatoire du traitement par insuline. Certaines organisations décrivent également un quatrième stade, qui représenterait la maladie stabilisée après une éventuelle période de rémission [2]. Le rythme de progression d'un stade à l'autre varie de manière significative, étant plus rapide chez l'enfant et plus lent chez l'adulte, car la destruction des cellules bêta pancréatiques ne se fait pas au même rythme chez toutes les personnes [3].

🧪 Qu'est-ce que le dépistage auto-immun du DT1 ?

Le dépistage auto-immun du DT1 consiste à tester le sang pour identifier les autoanticorps pancréatiques, qui sont des marqueurs d'un processus auto-immun dirigé contre les cellules bêta. Les quatre autoanticorps clés que l'on dose sont les autoanticorps anti-insuline (IA), les autoanticorps anti-glutamate décarboxylase (GAD), les autoanticorps anti-tyrosine phosphatase (IA-2) et les autoanticorps contre le transporteur 8 du zinc (ZnT8). La présence de ces autoanticorps indique que le système immunitaire attaque déjà les cellules bêta, même si la glycémie est encore normale [1].

Ce type de dépistage est utile car il peut identifier le DT1 plusieurs années avant l'apparition des symptômes, dans ce que l'on appelle le stade présymptomatique. La détection précoce t'offre plusieurs avantages : du temps pour apprendre la maladie, recevoir une éducation sur les symptômes, éviter l'acidocétose diabétique au début hyperglycémique et pouvoir accéder à certains traitements ou études cliniques qui tentent de retarder le début clinique [4]. Un test positif pour un autoanticorp doit être confirmé par un second test dans un délai maximal de trois mois, car une part significative peut devenir négative lors d'un test ultérieur [4].

👨‍👩‍👧 Qui devrait subir un dépistage pour le DT1 ?

Le dépistage auto-immun du DT1 devrait être proposé en premier lieu aux personnes ayant des antécédents familiaux de DT1, en particulier aux apparentés au premier degré (parents, frères et sœurs, enfants) d'un patient atteint de DT1. Le dépistage est également indiqué chez les personnes identifiées comme étant à haut risque génétique, soit par des scores de risque génétique, soit par la présence de variants HLA connus pour cette prédisposition [5]. Les adultes diagnostiqués avec d'autres formes de diabète, mais avec des caractéristiques phénotypiques qui chevauchent celles du DT1 (âge plus jeune au diagnostic, perte de poids involontaire, acidocétose ou nécessité rapide d'insulinothérapie) devraient également être testés [6].

Il faut retenir que la majorité des personnes qui développent un DT1 (environ 90 %) n'ont pas de proche atteint de DT1. C'est pourquoi il existe des programmes gratuits de dépistage de population dans plusieurs régions du monde (Fr1da et GPPAD en Europe, TrialNet et ASK aux États-Unis, type1screen en Australie), avec une attention particulière portée aux enfants et aux adolescents [3]. L'intention de réaliser ce dépistage doit être discutée avec ton médecin, car elle implique non seulement le test lui-même, mais aussi un plan clair de surveillance ultérieure et un accès à des soins spécialisés en cas de résultat positif.

📅 À quel âge commence le dépistage et à quelle fréquence est-il répété ?

La fréquence du dosage des autoanticorps pancréatiques dépend de ton âge. Chez les enfants de moins de 3 ans à risque élevé, le dépistage est répété tous les 6 mois pendant 3 ans, puis annuellement pendant 3 ans supplémentaires. Chez les enfants et les adolescents de 3 à 18 ans, le test est réalisé annuellement et, s'il n'y a pas de progression vers des autoanticorps multiples ou une dysglycémie (prédiabète) après 3 ans, on peut envisager soit un espacement à 3 ans d'intervalle, soit même l'arrêt du dépistage. Chez les adultes, le test est généralement effectué une fois tous les 3 ans, ou annuellement en présence de facteurs de risque additionnels (maladie auto-immune associée, score de risque génétique élevé, apparenté au premier degré atteint de DT1) [3].

L'âge de début du dépistage n'est pas fixe, mais est établi individuellement, en fonction du profil de risque. Chez les enfants à haut risque génétique, le test peut commencer dès les premières années de vie, car la séroconversion (apparition des premiers autoanticorps) survient fréquemment dans l'enfance. Chez les adultes ayant des antécédents familiaux ou des caractéristiques évocatrices, le test peut être initié à tout âge [6]. Si un test initial est positif pour un seul autoanticorp, il doit être confirmé dans un délai maximal de 3 mois par un second test, car un pourcentage significatif peut devenir négatif lors d'un test ultérieur [3].

📈 Quel risque de progression a une personne avec deux autoanticorps ou plus positifs ?

La présence confirmée de deux autoanticorps pancréatiques ou plus représente le facteur de risque le plus puissant connu pour la progression vers un DT1 clinique. Si tu as deux autoanticorps et des glycémies normales, les chances de développer un DT1 cliniquement manifeste sont d'environ 30 % à 5 ans et de 85 % à 15 ans. Si tu as trois autoanticorps, les chances de progression vers un DT1 stade 3 deviennent d'environ 45 % à 5 ans et de 90 % à 15 ans [7]. Cela reflète la nature progressive du processus auto-immun, qui une fois déclenché et consolidé tend à se poursuivre sans s'arrêter (il s'auto-entretient).

Le risque n'est cependant pas identique pour toutes les personnes et dépend de plusieurs facteurs pratiques : le nombre d'autoanticorps (plus d'autoanticorps = risque plus élevé), leur titre (des valeurs plus élevées indiquent un processus auto-immun plus actif), le type d'autoanticorps (les IA-2 sont associés à une progression plus rapide), l'âge à la séroconversion (plus elle apparaît tôt, plus l'évolution tend à être rapide) et la prédisposition génétique [2]. Le passage du stade 1 au stade 2, marqué par l'apparition de la dysglycémie, est le plus lent ; ensuite, les choses s'accélèrent significativement. Le risque de passage du stade 2 au stade 3 du DT1 est de 60 % à deux ans et de 75 % à cinq ans [3].

💊 Existe-t-il des traitements disponibles dans les stades précliniques ?

Oui, il existe actuellement un traitement approuvé qui, administré au stade 2, retarde le début du DT1 cliniquement manifeste (stade 3). Le téplizumab (un anticorps monoclonal anti-CD3) est indiqué chez les personnes âgées d'au moins 8 ans qui se trouvent au stade 2 du DT1, c'est-à-dire ayant deux autoanticorps pancréatiques ou plus et une dysglycémie (prédiabète), mais sans symptômes [8]. Le traitement est administré par voie intraveineuse en perfusions quotidiennes pendant 14 jours et a pour rôle de diminuer l'attaque auto-immune contre les cellules bêta. Les effets démontrés comprennent le report parfois de plusieurs années du moment où tu auras besoin d'une insulinothérapie quotidienne et la prolongation de la période de fonctionnement résiduel des cellules bêta. Ce report correspond généralement à un doublement du temps qui t'était imparti pour passer du stade 2 au stade 3 [9].

Outre le téplizumab, de nombreuses études cliniques sont en cours pour tester d'autres approches de prévention ou de retard du DT1 dans les stades précliniques. Dans ces études sont testés divers anticorps monoclonaux, modulateurs du système immunitaire, agents biologiques et thérapies cellulaires. L'inclusion dans une étude clinique peut être une option si tu te trouves à un stade précoce de la maladie et que tu vis dans une région où ces études cliniques sont accessibles. La décision de commencer le téplizumab ou de participer à une étude est prise avec ton médecin, après que les bénéfices et les risques potentiels (lymphopénie transitoire ou certaines réactions cutanées) t'auront été expliqués [3].

🌍 Le dépistage universel de la population est-il recommandé ?

Actuellement, le dépistage universel de l'ensemble de la population pour le DT1 n'est pas recommandé comme stratégie standard. Cela tient à plusieurs considérations pratiques : tous les pays ne disposent pas de laboratoires certifiés pour le dosage des autoanticorps, il n'y a pas suffisamment de centres spécialisés pour la surveillance des personnes positives, l'accès à des traitements comme le téplizumab est inégal et le rapport coût-efficacité d'un dépistage généralisé n'est pas pleinement démontré dans tous les contextes [5]. C'est pourquoi le dépistage reste avant tout orienté vers les personnes à risque élevé, telles que les apparentés au premier degré des patients atteints de DT1 ou les personnes ayant une prédisposition génétique connue.

Il existe cependant des programmes régionaux de dépistage de population qui fonctionnent dans divers pays (Fr1da et GPPAD en Europe, TrialNet, ASK et CASCADE aux États-Unis, type1screen en Australie). En 2023, l'Italie a introduit au niveau national un dépistage du DT1 et de la maladie cœliaque pour tous les enfants âgés de 1 à 17 ans, devenant le premier exemple majeur de dépistage universel chez l'enfant [10]. À mesure que les traitements préventifs deviendront plus accessibles et que les coûts des tests baisseront, il est probable que de plus en plus de pays adopteront des programmes similaires, d'autant plus qu'à l'échelle mondiale près de 9,5 millions de personnes vivent avec un DT1 en 2025, avec une augmentation projetée à 14,7 millions d'ici 2040 [11].

🩺 Quelle surveillance est effectuée après un dépistage positif ?

Si ton dépistage initial est positif pour les autoanticorps, la première étape est la confirmation du résultat par un second test dans un délai maximal de 3 mois, de préférence dans un laboratoire certifié. Cette confirmation est importante car un pourcentage significatif des personnes ayant un seul autoanticorp positif (en particulier les enfants) deviennent ensuite négatives. Après confirmation, suit une évaluation métabolique complète dans un centre spécialisé en diabète, qui comprend la détermination de l'HbA1c, de la glycémie à jeun et parfois un test de tolérance au glucose oral pour identifier un éventuel stade 2 (dysglycémie) ou stade 3 (diabète cliniquement manifeste) [4].

La fréquence des tests ultérieurs dépend de ton âge et du nombre d'autoanticorps confirmés. Chez les personnes ayant des autoanticorps multiples, la surveillance comprend la détermination périodique des quatre autoanticorps pancréatiques, de la glycémie et de l'HbA1c, à des intervalles de 6 mois chez les enfants de moins de 3 ans, annuellement chez les enfants et adolescents de 3 à 18 ans et tous les 3 ans chez les adultes (ou annuellement en présence de facteurs de risque supplémentaires) [3]. En parallèle, tu reçois une éducation détaillée sur les symptômes du DT1, sur la prévention de l'acidocétose diabétique et sur les options thérapeutiques disponibles, comme le téplizumab pour le stade 2. Cette approche peut faire en sorte que, lorsque la maladie devient cliniquement manifeste, le diagnostic soit posé précocement et que tu évites les complications aiguës sévères au début [4].

📋 Conclusions

  • Le diabète de type 1 évolue en trois stades bien définis : stade 1, avec des autoanticorps multiples et une glycémie normale, stade 2, avec auto-immunité et prédiabète, et stade 3, de diabète cliniquement manifeste (avec hyperglycémie) [1] [2].
  • Le dépistage auto-immun vise le dosage de quatre autoanticorps pancréatiques (IA, GAD, IA-2 et ZnT8), permettant d'identifier la maladie plusieurs années avant l'apparition des symptômes [1] [4].
  • Si tu as deux autoanticorps positifs ou plus, le risque de progression vers un DT1 clinique est d'environ 30 % à 5 ans et 85 % à 15 ans, étant influencé par le nombre, le titre et le type des anticorps, par l'âge et par l'hérédité génétique [7].
  • Le téplizumab est approuvé depuis 2022 pour les patients au stade 2 du DT1 (8 ans et plus), pouvant doubler le temps jusqu'à l'apparition du stade 3 [8] [9].
  • Le dépistage universel de la population n'est pas encore recommandé comme stratégie standard, bien que l'Italie soit devenue en 2023 le premier pays à mettre en œuvre un dépistage national chez l'enfant (1-17 ans) [10], dans le contexte où à l'échelle mondiale le nombre de cas de DT1 ne cesse d'augmenter [11].

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📚 Références

  1. Insel RA, Dunne JL, Atkinson MA, et al. Staging presymptomatic type 1 diabetes: a scientific statement of JDRF, the Endocrine Society, and the American Diabetes Association. Diabetes Care. 2015;38(10):1964-1974. PubMed
  2. Jacobsen LM, Atkinson MA, Sosenko JM, Gitelman SE. Time to reframe the disease staging system for type 1 diabetes. Lancet Diabetes Endocrinol. 2024;12(12):924-933. PubMed
  3. Haller MJ, Bell KJ, Besser REJ, et al. ISPAD Clinical Practice Consensus Guidelines 2024: Screening, Staging, and Strategies to Preserve Beta-Cell Function in Children and Adolescents with Type 1 Diabetes. Horm Res Paediatr. 2024;97(6):529-545. PubMed
  4. Phillip M, Achenbach P, Addala A, et al. Consensus guidance for monitoring individuals with islet autoantibody-positive pre-stage 3 type 1 diabetes. Diabetologia. 2024;67(9):1731-1759. PubMed
  5. American Diabetes Association Professional Practice Committee. 2. Diagnosis and Classification of Diabetes: Standards of Care in Diabetes-2026. Diabetes Care. 2026;49(Suppl 1):S27-S49. PubMed
  6. Arhire AI, Ioacara S, Papuc T, et al. Association of HLA Haplotypes with Autoimmune Pathogenesis in Newly Diagnosed Type 1 Romanian Diabetic Children: A Pilot, Single-Center Cross-Sectional Study. Life (Basel). 2024;14(6):781. PubMed
  7. Ziegler AG, Rewers M, Simell O, et al. Seroconversion to multiple islet autoantibodies and risk of progression to diabetes in children. JAMA. 2013;309(23):2473-2479. PubMed
  8. Herold KC, Bundy BN, Long SA, et al. An Anti-CD3 Antibody, Teplizumab, in Relatives at Risk for Type 1 Diabetes. N Engl J Med. 2019;381(7):603-613. PubMed
  9. Ramos EL, Dayan CM, Chatenoud L, et al. Teplizumab and β-Cell Function in Newly Diagnosed Type 1 Diabetes. N Engl J Med. 2023;389(23):2151-2161. PubMed
  10. Cherubini V, Mozzillo E, Iafusco D, et al. Follow-up and monitoring programme in children identified in early-stage type 1 diabetes during screening in the general population of Italy. Diabetes Obes Metab. 2024;26(10):4197-4202. PubMed
  11. Ogle GD, Wang F, Haynes A, et al. Global type 1 diabetes prevalence, incidence, and mortality estimates 2025: Results from the International Diabetes Federation Atlas, 11th Edition, and the T1D Index Version 3.0. Diabetes Res Clin Pract. 2025;225:112277. PubMed