Quels sont les stades évolutifs du DT1 ?
Le diabète sucré de type 1 n'apparaît pas brutalement, mais traverse plusieurs stades avant que les symptômes ne deviennent visibles. Le stade de personne à risque précède de longtemps l'apparition des signes cliniques. Il se caractérise par une prédisposition génétique, l'exposition à certains facteurs environnementaux et éventuellement la présence d'un seul autoanticorps pancréatique. Le stade 1 est défini par la présence de deux autoanticorps pancréatiques ou plus, mais la glycémie reste normale et il n'y a pas de symptômes. Le stade 2 implique la même présence de deux autoanticorps ou plus. Les valeurs de glycémie sont toutefois élevées au-dessus de la normale, dans la zone du prédiabète, et les symptômes sont absents [1].
Le stade 3 correspond au moment du diagnostic classique du DT1, lorsque l'hyperglycémie est manifeste et que les symptômes typiques apparaissent : soif intense, mictions fréquentes et perte de poids involontaire. À ce stade, l'hyperglycémie marquée impose l'instauration obligatoire du traitement par insuline. Certaines organisations décrivent également un quatrième stade, qui représenterait la maladie stabilisée après une éventuelle période de rémission [2]. Le rythme de progression d'un stade à l'autre varie sensiblement : il est plus rapide chez l'enfant et plus lent chez l'adulte. En effet, la destruction des cellules bêta pancréatiques ne se fait pas au même rythme chez toutes les personnes, comme le montre la figure ci-dessous [3].
Les quatre étapes, du risque au diagnostic
- Avant le stade 1Personne à risquePrédisposition génétique, facteurs d'environnement et éventuellement un seul autoanticorps. La glycémie est normale.
- Stade 1Deux autoanticorps ou plusL'auto-immunité a commencé, mais la glycémie reste normale et tu n'as aucun symptôme.
- Stade 2Deux autoanticorps ou plus, glycémie élevéeDes valeurs dans la zone du prédiabète, toujours sans symptômes. La perte de cellules bêta a progressé.
- Stade 3Le diagnostic classiqueHyperglycémie évidente, avec soif intense, mictions fréquentes et perte de poids. L'insuline devient obligatoire.
Qu'est-ce que le dépistage auto-immun du DT1 ?
Le dépistage auto-immun du DT1 consiste à tester le sang pour identifier les autoanticorps pancréatiques, qui sont des marqueurs d'un processus auto-immun dirigé contre les cellules bêta. Les quatre autoanticorps clés que l'on dose sont les autoanticorps anti-insuline (IA), les autoanticorps anti-glutamate décarboxylase (GAD), les autoanticorps anti-tyrosine phosphatase (IA-2) et les autoanticorps contre le transporteur 8 du zinc (ZnT8). La présence de ces autoanticorps indique que le système immunitaire attaque déjà les cellules bêta, même si la glycémie est encore normale [1].
Ce type de dépistage est utile car il peut identifier le DT1 plusieurs années avant l'apparition des symptômes, dans ce que l'on appelle le stade présymptomatique. La détection précoce t'offre plusieurs avantages : du temps pour apprendre la maladie, recevoir une éducation sur les symptômes et éviter l'acidocétose diabétique lors d'un début hyperglycémique. De plus, tu peux accéder à certains traitements ou études cliniques qui tentent de retarder le début clinique [4]. Un test positif pour un autoanticorps doit être confirmé par un second test dans un délai maximal de trois mois. Une part significative de ces résultats peut en effet devenir négative lors d'un test ultérieur [4].
Qui devrait subir un dépistage pour le DT1 ?
Le dépistage auto-immun du DT1 devrait être proposé en premier lieu aux personnes ayant des antécédents familiaux de DT1. Cela concerne surtout les apparentés au premier degré (parents, frères et sœurs, enfants) d'un patient atteint de DT1. Le dépistage est également indiqué chez les personnes à haut risque génétique. Ce risque est établi soit par des scores de risque génétique, soit par la présence de variants HLA (antigène leucocytaire humain) connus pour cette prédisposition [5]. Les adultes diagnostiqués avec d'autres formes de diabète devraient aussi être testés lorsque leurs caractéristiques phénotypiques chevauchent celles du DT1. Il s'agit d'un âge plus jeune au diagnostic, d'une perte de poids involontaire, d'une acidocétose ou d'une nécessité rapide d'insulinothérapie.
Il faut retenir que la majorité des personnes qui développent un DT1 (environ 90 %) n'ont pas de proche atteint de DT1. C'est pourquoi il existe des programmes gratuits de dépistage de population dans plusieurs régions du monde, avec une attention particulière portée aux enfants et aux adolescents. On compte parmi eux Fr1da et GPPAD en Europe, TrialNet et ASK aux États-Unis, type1screen en Australie [3]. L'intention de réaliser ce dépistage doit être discutée avec ton médecin. Il ne s'agit pas seulement du test lui-même, mais aussi d'un plan clair de surveillance ultérieure et d'un accès à des soins spécialisés en cas de résultat positif.
À quel âge commence le dépistage et à quelle fréquence est-il répété ?
La fréquence du dosage des autoanticorps pancréatiques dépend de ton âge. Chez les enfants de moins de 3 ans à risque élevé, le dépistage est répété tous les 6 mois pendant 3 ans, puis annuellement pendant 3 ans supplémentaires. Chez les enfants et les adolescents de 3 à 18 ans, le test est réalisé annuellement. Si après 3 ans il n'y a pas de progression vers des autoanticorps multiples ou une dysglycémie (prédiabète), on peut envisager un espacement à 3 ans d'intervalle. Une autre possibilité est même l'arrêt du dépistage. Chez les adultes, le test est généralement effectué une fois tous les 3 ans. Il devient annuel en présence de facteurs de risque additionnels : maladie auto-immune associée, score de risque génétique élevé ou apparenté au premier degré atteint de DT1 [3].
L'âge de début du dépistage n'est pas fixe, mais est établi individuellement, en fonction du profil de risque. Chez les enfants à haut risque génétique, le test peut commencer dès les premières années de vie, car la séroconversion (apparition des premiers autoanticorps) survient fréquemment dans l'enfance. Chez les adultes ayant des antécédents familiaux ou des caractéristiques évocatrices, le test peut être initié à tout âge. Si un test initial est positif pour un seul autoanticorps, il doit être confirmé dans un délai maximal de 3 mois par un second test. La raison est qu'un pourcentage significatif peut devenir négatif lors d'un test ultérieur [3].
Quel risque de progression a une personne avec deux autoanticorps ou plus positifs ?
La présence confirmée de deux autoanticorps pancréatiques ou plus représente le facteur de risque le plus puissant connu pour la progression vers un DT1 clinique. Si tu as deux autoanticorps et des glycémies normales, les chances de développer un DT1 cliniquement manifeste sont d'environ 30 % à 5 ans et de 85 % à 15 ans. Si tu as trois autoanticorps, les chances de progression vers un DT1 stade 3 deviennent d'environ 45 % à 5 ans et de 90 % à 15 ans [6]. Cela reflète la nature progressive du processus auto-immun, qui une fois déclenché et consolidé tend à se poursuivre sans s'arrêter (il s'auto-entretient).
Le risque n'est cependant pas identique pour toutes les personnes et dépend de plusieurs facteurs pratiques :
- le nombre d'autoanticorps — plus d'autoanticorps signifie un risque plus élevé ;
- leur titre — des valeurs plus élevées indiquent un processus auto-immun plus actif ;
- le type d'autoanticorps — les IA-2 sont associés à une progression plus rapide ;
- l'âge à la séroconversion — plus elle apparaît tôt, plus l'évolution tend à être rapide ;
- la prédisposition génétique [2].
Le passage du stade 1 au stade 2, marqué par l'apparition de la dysglycémie, est le plus lent ; ensuite, les choses s'accélèrent significativement. Le risque de passage du stade 2 au stade 3 du DT1 est de 60 % à deux ans et de 75 % à cinq ans [3].
Existe-t-il des traitements disponibles dans les stades précliniques ?
Oui, il existe actuellement un traitement approuvé qui, administré au stade 2, retarde le début du DT1 cliniquement manifeste (stade 3). Le téplizumab (un anticorps monoclonal anti-CD3) est indiqué chez les personnes âgées d'au moins 8 ans qui se trouvent au stade 2 du DT1. Ce stade signifie deux autoanticorps pancréatiques ou plus et une dysglycémie (prédiabète), mais sans symptômes [7]. Le traitement est administré par voie intraveineuse en perfusions quotidiennes pendant 14 jours et a pour rôle de diminuer l'attaque auto-immune contre les cellules bêta. Les effets démontrés comprennent le report, parfois de plusieurs années, du moment où tu auras besoin d'une insulinothérapie quotidienne. Ils comprennent aussi la prolongation du fonctionnement résiduel des cellules bêta. Ce report correspond généralement à un doublement du temps qui t'était imparti pour passer du stade 2 au stade 3 [8].
Outre le téplizumab, de nombreuses études cliniques sont en cours pour tester d'autres approches de prévention ou de retard du DT1 dans les stades précliniques. Dans ces études sont testés divers anticorps monoclonaux, modulateurs du système immunitaire, agents biologiques et thérapies cellulaires. L'inclusion dans une étude clinique peut être une option si tu es à un stade précoce de la maladie. Encore faut-il que tu vives dans une région où ces études cliniques sont accessibles. La décision de commencer le téplizumab ou de participer à une étude est prise avec ton médecin. Il t'explique les bénéfices et les risques potentiels (lymphopénie transitoire ou certaines réactions cutanées) [3].
Le dépistage universel de la population est-il recommandé ?
Actuellement, le dépistage universel de l'ensemble de la population pour le DT1 n'est pas recommandé comme stratégie standard. Cela tient à plusieurs considérations pratiques. Tous les pays ne disposent pas de laboratoires certifiés pour le dosage des autoanticorps et les centres spécialisés dans la surveillance des personnes positives sont trop peu nombreux. L'accès à des traitements comme le téplizumab est inégal. De plus, le rapport coût-efficacité d'un dépistage généralisé n'est pas pleinement démontré dans tous les contextes [5]. C'est pourquoi le dépistage reste avant tout orienté vers les personnes à risque élevé. Entrent dans cette catégorie les apparentés au premier degré des patients atteints de DT1 ou les personnes ayant une prédisposition génétique connue.
Il existe cependant des programmes régionaux de dépistage de population qui fonctionnent dans divers pays (Fr1da et GPPAD en Europe, TrialNet, ASK et CASCADE aux États-Unis, type1screen en Australie). En 2023, l'Italie a introduit un dépistage national du DT1 et de la maladie cœliaque chez tous les enfants âgés de 1 à 17 ans. Elle est ainsi devenue le premier exemple majeur de dépistage universel chez l'enfant [9]. À mesure que les traitements préventifs deviendront plus accessibles et que le coût des tests baissera, de plus en plus de pays adopteront probablement des programmes similaires. Les chiffres soutiennent cette direction : à l'échelle mondiale, près de 9,5 millions de personnes vivent avec un DT1 en 2025. Les projections indiquent une augmentation jusqu'à 14,7 millions en 2040 [10].
Quelle surveillance est effectuée après un dépistage positif ?
Si ton dépistage initial est positif pour les autoanticorps, la première étape est la confirmation du résultat par un second test dans un délai maximal de 3 mois. Ce second test est réalisé de préférence dans un laboratoire certifié. Cette confirmation est importante car un pourcentage significatif des personnes ayant un seul autoanticorps positif (en particulier les enfants) deviennent ensuite négatives. Après confirmation, suit une évaluation métabolique complète dans un centre spécialisé en diabète. Celle-ci comprend la détermination de l'HbA1c, la glycémie à jeun et parfois un test de tolérance au glucose oral. Le but est d'identifier un éventuel stade 2 (dysglycémie) ou stade 3 (diabète cliniquement manifeste) [4].
La fréquence des tests ultérieurs dépend de ton âge et du nombre d'autoanticorps confirmés. Chez les personnes ayant des autoanticorps multiples, la surveillance comprend la détermination périodique des quatre autoanticorps pancréatiques, de la glycémie et de l'HbA1c, à des intervalles qui dépendent de l'âge :
- tous les 6 mois — chez les enfants de moins de 3 ans ;
- annuellement — chez les enfants et adolescents de 3 à 18 ans ;
- tous les 3 ans — chez les adultes, ou annuellement en présence de facteurs de risque supplémentaires [3].
En parallèle, tu reçois une éducation détaillée sur les symptômes du DT1, la prévention de l'acidocétose diabétique et les options thérapeutiques disponibles, comme le téplizumab pour le stade 2. Cette approche peut faire en sorte que, lorsque la maladie devient cliniquement manifeste, le diagnostic soit posé précocement et que tu évites les complications aiguës sévères au début [4]. Une soif intense, des mictions fréquentes ou une perte de poids apparues entre deux tests programmés exigent une évaluation médicale sans attendre le prochain rendez-vous. Si des vomissements, une respiration difficile ou une somnolence apparaissent, va immédiatement aux urgences.
Conclusions
- Le diabète de type 1 évolue en trois stades bien définis : stade 1, avec des autoanticorps multiples et une glycémie normale, stade 2, avec auto-immunité et prédiabète, et stade 3, de diabète cliniquement manifeste (avec hyperglycémie) [1] [2].
- Le dépistage auto-immun vise le dosage de quatre autoanticorps pancréatiques (IA, GAD, IA-2 et ZnT8), permettant d'identifier la maladie plusieurs années avant l'apparition des symptômes [1] [4].
- Si tu as deux autoanticorps positifs ou plus, le risque de progression vers un DT1 clinique est d'environ 30 % à 5 ans et 85 % à 15 ans, étant influencé par le nombre, le titre et le type des anticorps, par l'âge et par l'hérédité génétique [6].
- Le téplizumab est approuvé depuis 2022 pour les patients au stade 2 du DT1 (8 ans et plus), pouvant doubler le temps jusqu'à l'apparition du stade 3 [7] [8].
- Le dépistage universel de la population n'est pas encore recommandé comme stratégie standard, bien que l'Italie soit devenue en 2023 le premier pays à mettre en œuvre un dépistage national chez l'enfant (1-17 ans), dans le contexte où à l'échelle mondiale le nombre de cas de DT1 ne cesse d'augmenter [9] [10].
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Autres pages sur le diagnostic et la stadification du diabète de type 1.
Diagnostic du diabète de type 1
Stades d'évolution du diabète de type 1
Termes du glossaire employés ici
- dépistage
- auto-anticorps
- diabète sucré
- prédisposition génétique
- facteurs environnementaux
- glycémie
- prédiabète
- cellules bêta
- auto-immunité
- hyperglycémie
- diabète de type 1
- processus auto-immun
- acidocétose diabétique
- début
- insulinothérapie
- téplizumab
- maladie cœliaque
- HbA1c
- glucose
- impact psychologique
- LADA
- hémoglobine glyquée (HbA1c)
Références
- Staging presymptomatic type 1 diabetes: a scientific statement of JDRF, the Endocrine Society, and the American Diabetes Association. Diabetes Care. 2015;38(10):1964-1974. PubMed
- Time to reframe the disease staging system for type 1 diabetes. Lancet Diabetes Endocrinol. 2024;12(12):924-933. PubMed
- ISPAD Clinical Practice Consensus Guidelines 2024: Screening, Staging, and Strategies to Preserve Beta-Cell Function in Children and Adolescents with Type 1 Diabetes. Horm Res Paediatr. 2024;97(6):529-545. PubMed
- Consensus guidance for monitoring individuals with islet autoantibody-positive pre-stage 3 type 1 diabetes. Diabetologia. 2024;67(9):1731-1759. PubMed
- 2. Diagnosis and Classification of Diabetes: Standards of Care in Diabetes-2026. Diabetes Care. 2026;49(Suppl 1):S27-S49. PubMed
- Seroconversion to multiple islet autoantibodies and risk of progression to diabetes in children. JAMA. 2013;309(23):2473-2479. PubMed
- An Anti-CD3 Antibody, Teplizumab, in Relatives at Risk for Type 1 Diabetes. N Engl J Med. 2019;381(7):603-613. PubMed
- Teplizumab and β-Cell Function in Newly Diagnosed Type 1 Diabetes. N Engl J Med. 2023;389(23):2151-2161. PubMed
- Follow-up and monitoring programme in children identified in early-stage type 1 diabetes during screening in the general population of Italy. Diabetes Obes Metab. 2024;26(10):4197-4202. PubMed
- Global type 1 diabetes prevalence, incidence, and mortality estimates 2025: Results from the International Diabetes Federation Atlas, 11th Edition, and the T1D Index Version 3.0. Diabetes Res Clin Pract. 2025;225:112277. PubMed